Laguna Negra y Urbión

 

 

De Cidones part la route qui, longeant d'abord la retenue, passe ensuite par le barrage et le club nautique, puis revient de nouveau longer le lac par le village noyé de La Muedra - duquel on voit la tour - et sa vieille forge avec cheminée pour arriver à La Corte de los Pinares, Vinuesa.

De Vinuesa on voit les écriteaux qui nous indique le mode d'accès à la Laguna Negra (à 18km) par l'enchanteresque Valle de Revinuesa entre pins sylvestres robustes et élevés.

En été on y monte et descend en navette puisque l'accès aux véhicules particuliers est interdit.

Le premier dimanche d'août a lieu, et ce depuis plus de 40 ans, la célèbre Travesa a Nado (Traversée à la Nage), à laquelle participent un grand nombre de nageurs.

Ce sombre, fascinant et énigmatique lac, enveloppé de légendes, consitue l'un des plus beaux endroits de la province.

A 2000m d'alititude, encastrée entre les parois granitiques et entourée par un nombre infini de sapins qui lui donnent cet aspect sombre et ténébreux, la Laguna atteint son degré maximum de beauté une fois recouverte de neige et de glace.

Le site de la Laguna Negra est le résultat de l'action de la glace pendant les glaciations du quaternaire. Elle se love dans un cirque, forme typique du modelage glaciaire, aux parois verticales faites d'un conglomérat de quartz et de ciment calcaire, couronnées par des crêtes pointues.

Dans la prairie et ses environs on trouve des pins mythiques et des hêtres aux mensurations hors normes. L'obscurité de l'eau et le mystérieux paysage de montagne de cet « abreuvoir à loups », qui à n'importe quel moment peut vous noyer dans le brouillard, a longtemps fasciné les hommes, comme le prouvent les contes et légendes tels que La Tierra de Alvargonzalez.

C'est un lieu qui « frise le sacré » pour les habitants de ces terres, c'est pourquoi il faut en profiter avec respect et avec l'obligation de le préserver pour les générations futures.

Vers de Machado à propos d'Alvargonzalez.

"Agua transparente y muda / que enorme muro de piedra, donde los buitres anidan / y el eco duerme, rodea; / agua clara donde beben las águilas de la sierra, / donde el jabalí del monte / y el ciervo y el corzo abrevan; / agua pura y silenciosa / que copias cosas eternas; / agua impasible que guarda en su seno las estrellas..."

Eau transparente et silencieuse / où les vautours nichent dans les parois rocheuses / et où l'echo rôde, en veilleuse ; / eau claire où boivent les aigles des sommets, / où le sanglier sauvage / et le cerf et le chevreuil viennent s'abreuver ; / eau pure et muette qui reproduit l'eternité / eau qui en son sein conserve les étoiles, de par son impassibilité.

Leyendas

Antonio Machado

La Tierra de Alvargonzalez

Parmi les nombreuses légendes attribuées au lac, il y en a une qui mérite d'être racontée.

 

C'est l'histoire d'un jeune homme appelé Alvargonzalez qui hérita des riches dépendances de ses parents. Il avait tout : maison, bétail, verger, et épousa une jolie jeune fille du pays du Burgo de Osma. Ils vécurent heureux et eurent trois enfants. Puis la jalousie devint source de dispute chez les Alvargonzalez. Les deux premiers enfants se marièrent et le pauvre père eut deux brus ne pensant qu'à l'héritage qu'elles obtiendraient

après la mort d'Alvargonzalez.
Un matin il sortit seul et décida de se reposer sous un orme. Il s'endormit et rêva que ses fils viendraient le tuer, et quand il ouvrit les yeux, il vit que son rêve était devenu réalité. Le pauvre agriculteur fut sauvagement tué. Un coup de hache dans le cou et quatre coups de couteau dans la poitrine. Ils trainèrent le corps jusqu'à la Laguna Negra, le lac sans fond, et l'y jetèrent une pière attachée aux pieds. Personne n'osa accuser les fils du crime.

Quand y monta Pio Baroja en 1901, il lui fut raconté que des hurlements et des tempêtes s'y formaient.

Hurlements, qui selon les autochtones, provenaient d'énormes animaux aquatiques.

Il existe bien d'autres légendes encore comme celle de cette belle ondine, aux cheveux noirs, qui vivait au fond du lac et qui attirait les hommes jusqu'au bord, pour les emmener vers les profondeurs abyssales. Une légende qui rappelle celle de Bécquer, la Corza Blanca (le chevreuil blanc), qui se déroule sur le versant sorianais du magique Moncayo. Et que penser de celle de cet homme terrible qui vit dans une grotte de la Laguna, protégeant un coffre caché rempli d'onces d'or.

Depuis la Laguna Negra, on peut démarrer l'ascension du Pico Urbión (2228m) où nait le Douro, en suivant un sentier escarpé dépassant les parois par le côté sud. Là haut nous attend déjà, sur la commune de Covaleda, le sommet pelé, rugueux et hostile mais qui n'en reste pas moins joli.

 

Machado décrit ainsi la Laguna :

Quand finissait l'après-midi entre les vétustes hêtres, et les pins centenaires, un rouge soleil s'infiltrait. C'était un paysage ténébreux de forêts et de rochers ; ici bouches béantes ou monstres aux griffes féroces ; là une informe bosse ; là-bas une panse grotesque, torves museaux de bêtes sauvages et relief édenté. Et puis de la roche et de la roche, des troncs et des troncs, des branches et des branches. Et au plus profond du gouffre la nuit, la peur et l'eau.

Gerardo Diego, en vers :

C'est le sommet enfin, l'ultime sommet

Et mes yeux autour font la ronde

En chantant le profil de ce monde

Celui de cette moitié d'Espagne éclatante de beauté.

 

Traducción: Luc Gonachon